Claude Chappot artisan dans l'âme CHOCOLAT ET CONFISERIE MAGAZINE

L'artisan est un homme qui s'investit dans un savoir-faire, dans une passion, dans une œuvre, dans un destin et il en tire la joie de vivre.

C'est le cas de Claude Chappot, qui est devenu, au fil des hasards de la vie, un serviteur zélé des sucettes, dont il est devenu le chantre et le promoteur. Voici, raconté par lui, l'histoire de sa vocation. C'est un acte de foi, qui tranche avec les rudesses de la société moderne. Un exemple.  

J'ai fait mon apprentissage en hôtellerie et restauration. Ce fut mon métier pendant 23 ans. J'allais faire les saisons d'été, sur la Côte d'Azur, notamment. Puis, un jour, j'ai suivi une amourette bretonne, qui partait passer l'été en Bretagne dans sa famille. Mais au Val-André, Côte d'Armor, où nous étions, je n'ai pas trouvé d'emploi. Il y avait Sur la digue de la station balnéaire, une petite échoppe qui restait fermée, je l'ai achetée…

Elle appartenait à un parisien qui s'en désintéressé. Elle était bien placée. On y fabriquait et y vendait les sucettes du Val André. C'était une sorte d'ancienne institution, qui aux dires des anciens, remontait au début des années 1900. A cette époque le Val-André était très réputé, comme une des plus célèbres stations balnéaires de France. J’ai trouvé un professeur du centre de formation de Saint-Brieuc qui m'a expliqué le processus du sucre cuit, et j'ai pu ainsi commencer à ma boutique. J'ai exploité pendant 7 ans, mais sans vraiment approfondir les éléments de la fabrication, jusqu'au jour où j'ai voulu en savoir plus et devenir un technicien averti. En 1995, j'ai dû regagner la capitale, j'ai vendu ce petit fonds de commerce le cœur serré, mais j'ai gardé l'amour et la considération pour les sucettes, que je voulais parfaite dans leur composition entièrement naturelle, j'ai découvert que mon fournisseur de parfums me vendait des produits dits naturels, mais renforcés artificiellement. La législation permettait d'employer le terme « arôme naturel » avec le droit de renforcer à 4 pour 1000, en synthétique.

Ensuite j'ai rencontré ma future épouse, claire en 1998. Nous nous sommes mariés en 99 et un enfant est né. Cela a changé nos projets et pour l'élever nous avons décidé d'aller vivre en province, au bon air. J'avais ce souvenir de sucettes, toujours en tête et j'ai décidé d'en reprendre la fabrication dans de bonnes conditions. J'ai repris toute la théorie, j'ai étudié les possibilités des locaux et de gestion. J'en ai parlé autour de moi et pratiquement personne ne voulait croire à mon idée. Le maire de la commune de Saint-Privé, Dans l'Yonne nous a marié en 1999. J’ai réalisé un laboratoire de fabrication de A à Z. Il ne comporte pas de machines de grande valeur mais je peux y fabriquer par an de 150 000 à 200 000 sucettes, à la main, tout en les vendant. Elles sont fabriquées, à partir de sucre cuit et tiré à la main. Je la colore avec des colorants naturels, l’aromatise avec des produits naturels. Je juge à l'avance, par essai, le goût franc à obtenir. Je tire une quarantaine de sucette sur un plan de travail, je coupe des boulettes de sucre cuit et je leur donne leur forme de lance. Peut-être suis-je le dernier confiseur à travailler de cette manière.

CHOCOLAT ET CONFISERIE MAGAZINE-JUILLET-AOÛT 2003 

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